Nous sommes tous des Jan Fabre (en pire)

Vous avez sûrement entendu parler de cet artiste (je ne mets pas de guillemets car je n’ai pas les compétences pour juger de son talent), Jan Fabre et de son fameux « Lancer de chats ». Beaucoup de personnes se sont indignées à juste titre que l’on puisse, au nom de l’art, maltraiter des animaux innocents. L’artiste a même été agressé et a reçu beaucoup de menaces, à tel point qu’il est placé sous protection policière. Je n’approuve pas l’agression et les menaces. Mais elles montrent une chose : la sensibilité des citoyens quant au sort réservé aux animaux, les chats en l’occurrence. Cette sensibilité, cette attention portées à des êtres sans défense sont tout à l’honneur de ceux qui les ressentent. Il est absolument inadmissible de faire du mal à un être de manière intéressée et gratuite. Que l’excuse soit financière, artistique, religieuse ou je ne sais quoi d’autre, les citoyens ont bien raison de ne pas accepter que la folie et l’indifférence des uns soient payées par le malheur des autres…

Pourtant, je voudrais attirer votre attention sur un point fondamental. Il y a ce que Gary Francione a appelé une « schizophrénie morale ». Qu’est-ce à dire ? C’est cette tendance qu’a la plupart des citoyens de s’indigner de la maltraitance subie par certains animaux (chiens, chats, chevaux, bébés phoques, éléphants…) tout en soutenant une maltraitance institutionnalisée (toutes les industries qui s’enrichissent en exploitant les animaux). En pratique, c’est être horrifié par le « lancer de chats » de Jan Fabre tout en mâchant un bout de steak de vache. La schizophrénie morale est cette tendance à considérer, d’un côté, certains animaux comme « nobles » et devant être défendus et respectés et, d’un autre côté, certains autres animaux comme destinés à être exploités et tués. Il est normal de respecter un chat mais il est tout aussi normal de manger une vache. Il y a une scission morale dans la vision que nous nous faisons des animaux. Qu’est-ce qui justifie ce parti-pris ? Rien à part notre intérêt personnel et la culture que nous subissons et créons.

Alors, chers amis indignés par le « lancer de chat », n’oubliez pas que vous financez (c’est à dire que vous payez des gens pour faire le sale boulot à votre place) une industrie qui broie plus d’un milliard d’animaux par an, et cela rien qu’en France. Quelle différence y a-t-il entre vous, qui payez les professionnels de la viande, du cuir, du lait, des œufs (entre autres) et Jan Fabre qui paie des gens pour lancer les chats en l’air ? Nous c’est pour manger ou pour s’habiller, me direz-vous, en affirmant par cela que ce que vous faites est nécessaire alors que ce que fait Jan Fabre est inutile et gratuit. Mais vous savez bien que l’on peut vivre (et même mieux vivre) sans manger des substances animales. On peut, de même, vivre sans cuir ou sans cirques avec des animaux. Alors, si on peut vivre sans tout cela et que vous continuez malgré tout à payer des gens pour qu’ils tuent des animaux, vous payez une violence et une mort gratuites au nom de votre palais gustatif, de votre aspect vestimentaire ou de vos loisirs. Jan Fabre paie au nom de l’art. Entre l’art et la basique pulsion de se nourrir, je crois que l’art est plus noble, au fond.

Nous avons raison de nous opposer à ce que Jan Fabre a fait faire. Mais il faut aller plus loin et reconnaître que nous faisons bien pire en finançant les industries qui exploitent et tuent les animaux. Certes, ce que nous faisons faire n’est pas filmé ou n’est pas dans un but de promotion personnelle (quoique…) mais le résultat est pire car les animaux que les industriels tuent sont maltraités tous les jours de leur existence et finissent dans des lieux sombres qui portent bien leur nom, des abattoirs. Jan Fabre est coupable, mais avec lui nous le sommes tous. Jan Fabre vient d’une société qui accepte tacitement (et encourage directement) l’exploitation et le meurtre de milliards d’animaux qui sont tout aussi innocents et vulnérables que ces pauvres chats lancés en l’air. Ainsi, avant de lancer des accusations en l’air, retournons notre regard critique vers nous-mêmes et voyons s’il n’y a pas là aussi quelque chose à remettre en cause. Allons au bout de notre raisonnement et de notre indignation : si nous refusons une violence gratuite envers des chats, pourquoi l’acceptons-nous envers d’autres animaux ? L’excuse de la culture ne tient pas car cela n’empêche pas les animaux d’avoir mal. L’excuse de la nourriture ne tient pas non plus, car il est prouvé que nous n’avons aucun besoin de substances animales, tout au contraire, elles sont nocives. Alors, quelle serait l’excuse ? Pour quelle raison objective défendons-nous les chats et massacrons les poulets, les vaches, les moutons, les cochons, les grenouilles, les lapins, les chevaux, les poissons  ?

Que nous le voulions ou non, nous sommes tous des Jan Fabre (en pire) et nous ne cesserons de l’être qu’au moment où nous cesserons de financer la destruction systématique des animaux. Nous lançons tous des animaux vers le couloir de la mort. Mettons un frein à cette catastrophe. Ne soyons plus les complices tacites d’un système tortionnaire et criminel. Devenons cohérents avec ce que nous pensons et ressentons.

Les autres animaux ont tout autant le droit à la vie et au respect que les chats. Ni plus, ni moins.

7 réflexions sur “Nous sommes tous des Jan Fabre (en pire)

  1. Intéressant point de vue que je partage. De même pour les amateurs de chevaux qui ne mangent pas cet animal mais se goinfrent avec les autres… Je prépare un débat sur un site autour de cette question, je ne manquerai par d’en parler quand ça se fera

  2. J’aime la cohérence et la justesse de votre argumentaire.

    Dans les forums, ou discussions pour la protection des animaux, les aficionados nous renvoient aux abattoirs, les adeptes de la fourrure aux enfants esclaves, les mangeurs d’animaux aux affamés de la planète, etc. J’ai même rencontré en militant pour la libération d’Aung San Suu Kyi des gens qui me demandaient de regarder le sort des SDF en France.

    Mais contre quelle tyranie est-il illégitime de se battre ? Peut-on douter de la légitimité d’un combat contre une infamie tangible, par le moyen d’un procès d’hypothétiques intentions ?

    Je n’y vois que de tristes tentatives illusionnistes qui envoient un éclairage dérangeant se faire voir ailleurs, pour maintenir un déni bien en place, ou une apathie égocentrique inquiétante dans une société qui a pourtant les moyens de s’éduquer à un minimum d’éthique, ou de fraternité.

    Alors oui, interroger plus loin, c’est bien le chemin d’une pensée créatrice et ouverte. Maintenir l’erreur, l’horreur sous prétexte qu’il y a pire, c’est bien la voie de l’obscturantisme des tyrannies actives, ou le raisonnement handicapé d’esclaves plus ou moins consentants, plus ou moins informés, plus ou moins éduqués.

    Victor Hugo disait à son époque qu’en ouvrant les écoles, on fermerait les prisons. Je pense qu’aujourd’hui, si l’éducation était honnête, on fermerait d’abord les abattoirs. Les prisons se videraient ensuite,

    • Exactement… La cohérence et l’exemple sont les meilleurs arguments que l’on puisse opposer à tous les faux détracteurs. Il règne tellement de mauvaise foi que souvent le simple raisonnement logique ne sert à rien, il faut donc mettre les gens devant des exemples indubitables. Ce qui est drôle c’est que des gens qui habituellement n’ont rien à faire de rien (sauf de leur intérêt personnel) se découvrent d’un coup défenseurs des sdf, des Africains voire même des plantes… Si ce n’est pas beau ça 🙂

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